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La demande mondiale en matières premières critiques augmente à un rythme spectaculaire. Lithium, nickel, cobalt, graphite, cuivre… ces métaux sont indispensables à la fois pour la transition énergétique et pour la transformation numérique. Mais alors que la demande explose, la capacité mondiale d’extraction et de raffinage progresse beaucoup plus lentement. Un déséquilibre qui représente un risque structurel pour les entreprises européennes.

Nos experts ont récemment analysé les besoins d’investissement au niveau mondial : environ 1 100 milliards de dollars seront nécessaires d’ici 2040 pour répondre à la demande en matériaux critiques. À ce jour, moins de la moitié de ces investissements est réellement engagée. Un retard qui pèse déjà sur la transition énergétique, sur l’essor de l’IA et sur toutes les chaînes d’approvisionnement reposant sur ces métaux.

Le monde doit simultanément relever deux défis majeurs :

  • la décarbonation : électrification, énergies renouvelables, stockage, renforcement des réseaux électriques,
  • la digitalisation et l’IA : développement massif des centres de données, de la puissance de calcul et des équipements technologiques.

Selon l’Agence internationale de l’énergie :

  • la demande de lithium pourrait être multipliée par cinq d’ici 2040,
  • celle du graphite et du nickel pourrait doubler,
  • la demande de cobalt et de terres rares augmenterait de 50 à 60 %,
  • tandis que celle du cuivre progresserait d’environ 30 %.

Pour absorber cette croissance, il faudra non seulement ouvrir de nouvelles mines, mais aussi augmenter les capacités de raffinage, renforcer les infrastructures et former une main-d’œuvre qualifiée.

Face à ces défis, l’Union européenne a lancé la Critical Raw Materials Act (CRMA). Ses objectifs à l’horizon 2030 :

  • extraire 10 % des matériaux critiques au sein de l’UE,
  • en raffiner 40 %,
  • en recycler 25 %.

Mais pour un grand nombre de matières premières, ces objectifs semblent hors de portée. Comme le souligne Johan Geeroms, notre directeur Benelux Risk Underwriting : « Notre département de recherche a déjà démontré que cela allait être très difficile. Selon nous, c’est too little, too late. »

Pour 7 des 18 matières premières visées, l’objectif d’extraction européenne ne sera pas atteint. Et pour 21 des 24 matériaux concernés, la capacité de raffinage nécessaire ne sera pas disponible à temps.

L’Europe applique certaines des réglementations environnementales les plus strictes au monde. Cela rend les projets miniers plus longs, plus coûteux et, parfois, moins attractifs pour les investisseurs. Pourtant, la durabilité n’est pas un frein : c’est une exigence incontournable.

Comme le rappelle Johan Geeroms : « Les exigences de durabilité de l’UE freinent l’exploitation minière, et le niveau d’investissement est beaucoup trop faible. En même temps, une extraction durable est indispensable. Elle est une condition pour le financement, l’assurance et l’acceptation sociétale. »

L’Europe se retrouve donc face à un paradoxe : elle a besoin d’accroître sa production minière pour réduire sa dépendance — en particulier vis-à-vis de la Chine — mais elle souhaite le faire dans des conditions environnementales et sociales bien plus strictes que dans de nombreuses autres régions du monde.

La rareté des métaux n’est plus une hypothèse future : elle influence dès aujourd’hui les décisions d’investissement, de gestion des risques, d’approvisionnement et de continuité des opérations.

Nos experts identifient trois leviers essentiels pour anticiper :

1. Diversifier les sources d’approvisionnement

Limiter la dépendance à un seul pays ou fournisseur permet de réduire fortement les risques géopolitiques et opérationnels. 

2. Évaluer l’exposition de votre entreprise aux matériaux critiques

Quels métaux sont essentiels à vos produits, vos processus ou vos infrastructures ? Cette analyse est un préalable indispensable à toute stratégie de résilience.

3. Renforcer la collaboration au sein de votre chaîne de valeur et miser sur la transparence et la durabilité

Accords à long terme, achats mutualisés, partenariats avec des acteurs du recyclage… Les entreprises qui coopèrent gagnent en stabilité et en visibilité. 

La traçabilité des matériaux et l’adoption de pratiques responsables deviennent des critères majeurs pour obtenir financement, assurance et acceptabilité sociétale. Investir dans une chaîne d’approvisionnement durable crée un véritable avantage compétitif.

La rareté des métaux restera un défi structurel dans les années à venir. Mais elle offre aussi des opportunités pour les entreprises capables d’adapter rapidement leur stratégie et de renforcer la résilience de leurs chaînes d’approvisionnement. Les leaders financiers qui anticipent aujourd’hui contribueront à bâtir l’entreprise durable et robuste de demain.

Vous souhaitez mieux comprendre l’impact de ces tendances sur votre secteur ou identifier les risques spécifiques pour votre chaîne d’approvisionnement ? Nos experts sont à votre disposition pour partager leurs analyses et vous aider à avancer en toute confiance.